20131031

nguyen thi châu, ses plats preferes

http://nguyenthichau.blogspot.fr

* cuốn,bánh trang cuốn, avec bã rượu, sorte de rouleau de printemps,.
* giả cầy,
*nộm rau muống,
*canh cua đồng, rau mồng tơi.
* canh dưa ăn với rau diếp ( laitue)

20090618

Les liserons d’eau de Nguyễn Thị Châu. Version corrigée.

Les Ateliers d’écriture de Brigitte Adde

Les Fricassées du Lundi.

Editions Scripta.

J’ai eu la chance de la connaître, mon arrière-grand-mère, née au XIXe siècle de notre ère, dans la province de Nam Định, au nord du Vietnam. Auprès d’elle, j’ai appris des histoires et la façon de manger d’autrefois. Comment était-elle jeune fille ? Pourquoi s’est-t-elle fait laquer les dents ? Comment a-t-elle été présentée à son futur mari, un natif du village voisin de Hành Thiện ? Je sais seulement qu’elle était la dernière concubine du mandarin Nguyên Duy Hàn de la province de Thái Bình. Son mari, l’ayant trouvée brave et travailleuse, lui a confié des terres et des rizières. Elle est devenue veuve très jeune, car son époux, travaillant avec l’administration française, fut tué en 1913, dans un attentat à la bombe, lors d’une tournée dans sa province, par les partisans du parti nationaliste qui commençait à se former. Dans les années 1955, elle quitta en hâte sa campagne et put prendre in extremis le dernier avion à Hải Phòng pour rejoindre le sud du pays. Elle est venue ainsi habiter avec nous, dans la banlieue de Saigon. Mes parents, après des débuts professionnels dans le bruyant quartier de Cầu Ông Lãnh, ont pu déménager dans un quartier plus calme avec un assez grand jardin, près de l’ancien pont Mac Mahon. Habituée aux travaux des champs, mon arrière-grand-mère ne restait jamais inactive. Elle s’occupait de nous, et d’autres choses, du matin au soir. Elle avait fait aménager une petite basse-cour avec des grillages dans le coin droit du jardin de devant. Elle donnait à manger aux poules et aux poussins, surveillait les œufs et faisait tuer parfois certaines volailles, opération délicate que nous observions avec curiosité. Elle surveillait régulièrement ses arbres fruitiers et nous a fait apprécier ses anonas, la variété à chair tendre et friable, qui n’est pas facile à trouver de nos jours. Les jours de grande chaleur, elle se protégeait du soleil avec une grande feuille de dọc mùng, sorte d’arum comestible, sur la tête. Elle nous faisait souvent des recommandations, ainsi qu’à notre cuisinière : « N’oubliez pas d’enduire les grains de riz gluant de graisse de poule avant de les cuire à l’étuvée. » « Le galanga est meilleur dans le poisson que le gingembre, n’oubliez pas d’ajouter les tóp mỡ, les lardons frits. »

« Il faut éplucher les tiges d’arum qui serviront à la soupe bun bung. » « Les petites fleurs NGOC LAN, écloses à droite du bow-window, c’est pour les offrandes au Bouddha. » « Par contre, en dessous de cet arbre, vous pouvez cueillir les feuilles de xương xông pour les grillades. » « Vous pouvez couper en lamelles les feuilles de citron pour décorer le plat de poulet. » « Pensez au jus de curcuma pour… accélérer la cicatrisation de vos bobos. » (Nos genoux d’enfants étaient souvent jaunes de curcuma.) Elle passait du temps à la cuisine, car elle tenait à préparer elle-même des plats à son goût, comme elle le faisait autrefois dans sa campagne. Je me rappelle sa salade de liserons d’eau cuits à l’eau, qu’elle mélangeait avec des germes de soja ébouillantés. Elle y ajoutait de la mortadelle vietnamienne coupée en filaments. Elle assaisonnait avec du nước mắm, du jus de citron et du sucre. Elle parsemait le plat de feuilles de kinh giới hachées. Saupoudrait-t-elle dessus des grains de sésame grillé ? Je ne sais plus. Mais surtout, elle n’oubliait pas d’ajouter quelques gouttes d’essence de nèpe d’eau (sorte de punaise de la famille des belostomidées, insecte qui contient un sac parfumé dans son abdomen, une phéromone !) Les circonstances m’ont amenée en France. Je me suis acclimatée à beaucoup de bonnes choses dans mon nouveau monde, des salades d’hiver aux endives à la béchamel, des cerneaux de noix, des feuilles de roquettes aux feuilletés d’épinard au chèvre- la saveur de l’année 2007.

Nguyên thi Châu ne savait pas lire. A sa demande, je lui lisais l’histoire du prince Siddhârta, le futur Bouddha, dans un livre illustré qu’elle avait apporté de la pagode.

Par contre, elle connaissait beaucoup de poèmes, ou plutôt des chansons populaires, des vers à 6 ou 8 pieds.

J’aime particulièrement cette chanson, qui évoque la région septentrionale du pays et la légende du Rocher de l’attente :

Dans la région de Lang Son, district de Dong Dang,

Se trouvaient le quartier de Ky Lua

Et la pagode Tam Thanh.

Et il y avait la belle Tô Thi

Qui attendait le retour de son mari.

Elle l’attendit patiemment, pendant si longtemps, qu’elle

Se transforma en pierre…

Quand je fredonne cette chanson, je la revois, mon arrière-grand-mère, dans le jardin de la banlieue de Saigon. Je pense souvent à cette salade de liserons d’eau qu’elle aimait préparer. Comment la reproduire, la préparer en région parisienne ?

SALADE Nộm rau muống

• Germes de soja. A ébouillanter. • Les liserons d’eau à cuire à l’eau (Ils proviennent du sud de la France, du village de Sainte-Livrade-sur-Lot ou bien sont importés) • La mortadelle à couper en fines lamelles, puis en allumettes ( en vente dans les magasins de produits exotiques)

• Nước mắm • Jus de citron • Sucre • Essence de nèpe d’eau (cà cuống, difficile à trouver, il existe une essence chimique d’imitation • Feuilles de Kinh Giới (de la même famille que les Mélisses, elles se trouvent dans les magasins, et l’on peut en planter aussi si l’on a la main verte, dans le sud de la France, où elles poussent très bien.

Nguyên thi Châu

Nguyên thi Châu
Photo prise entre 1955-1965?

http://site.voila.fr/ediscripta